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Biographie Marc du PLANTIER

Voilà un homme qui après avoir entièrement décoré son appartement du boulevard Suchet, à Paris puis son petit hôtel particulier de la rue du Belvédère à Boulogne sur Seine dans un style marqué par le néo-classicisme et un certain modernisme avant-gardiste des volumes et des matières, s’affirma stylistiquement à Alger, puis meubla les « Grands d’Espagne » à Madrid, avant de s’exporter au Mexique, à New York et à Los Angeles pour enfin rentrer à Paris en 1966. De petite taille, toujours tiré à quatre épingles, Marc du Plantier a également travaillé officiellement pour le gouvernement Français, sans compter les nombreux décors et costumes réalisés en 1936, pour la Comédie française à l’occasion du tricentenaire de Corneille pour la nouvelle scénographie d’« Horace » et de « Nicomède », puis pour la mise en scène de « Bolivar » de Jules Supervielle. Réalisant des meubles pour le palais de l’Elysée, ainsi que pour la grande salle de la nouvelle Ambassade de France à Ottawa (Canada), il réinstalla en 1960 toute la réception du ministère des P.T.T. En plus des meubles qu’il concevait, il fit également tisser à Aubusson par les ateliers Pinton une douzaine de tapis d’après ses propres cartons, et de nombreux objets d’art et d’ameublement, ainsi que des luminaires.

Né le 2 novembre 1901 à Moramanga (Madagascar), titulaire de baccalauréats en mathématiques et philosophie, il les compléta par des études de mathématiques spéciales au Lycée Saint-Louis à Paris, avant de se consacrer toujours à Paris, dans l’Atelier d’Architecture Heraut, à sa nouvelle passion. Suivant par la suite des cours de peinture à l’Académie Julian, avec pour maître Paul Albert puis, parachevant sa formation, il devint « dessinateur modéliste » pour les maisons de haute couture Jenny et Doucet. Ce n’est qu’en 1930 qu’il s’installa définitivement comme décorateur à Paris, où il travailla principalement sur commande pour une clientèle élégante et raffinée, dont il réalisa les luxueuses installations. La Seconde Guerre Mondiale l’obligea à quitter la France pour se réfugier en Espagne, voyage qu’il qualifiera « d’exil » dans son courrier envoyé de Madrid, à son épouse, son « petit cui-cui rose » le 25 novembre 1939. Par la suite, il conforta sa renommée internationale en partant pour Mexico, puis Los Angeles. Abandonnant le classicisme de ses débuts, il orienta ses oeuvres vers un style nettement plus abstrait que son ami André de Fouquières qualifia de « modernisme sage ». Une fois ces parties du monde conquises, il revint s’installer à Paris en 1966, retrouvant son épouse, son domicile de la rue du Belvédère, ses amis, ses fournisseurs et son atelier. Dès son retour, soutenu par des représentants du monde de l’Art aussi différents qu’André Arbus, Bérard et Maurice Rheims, il s’imposa rapidement à une clientèle parisienne dont le goût avait beaucoup évolué depuis la fin de la guerre. Professionnellement, dès avant son retour à Paris, il avait organisé en 1960 une exposition personnelle, de “Sculptures en Fer et de Tapisseries”, puis en 1962 au Musée des Arts Décoratifs de Paris il participa à la célèbre l’exposition : “L’Objet” et fut promu la même année Chevalier de la Légion d’Honneur par le Ministère des Arts et des Lettres, au titre des Beaux Arts. Son exposition personnelle de 1960, remontée à New York par Michel Tapie en 1962 qui en rédigea le catalogue fut une réussite, tout comme celle organisée à Mexico puis à Los Angeles en 1964. Le succès de Marc du Plantier, dans ces différentes villes, lui permirent de s’y faire mieux connaître et apprécier, à un point tel qu’il ouvrit sa propre maison de décoration, « Artdecor » dès 1962 à Mexico, puis à Los Angeles. Ces maisons resteront en activité jusqu’en 1965. Son style novateur et quelque peu abstrait lui valu de se démarquer des autres décorateurs français de l’époque. Chargé de la décoration du « French Model Appartement » pour la Semaine Française de Los Angeles en 1965, il ajouta à cette notoriété de style international, une touche d’esprit orientaliste, en exécutant en 1966 tous les projets de rénovation de l’Hôtel « Phoenicia » à Beyrouth (Liban).
Une des autres supériorités de Marc du Plantier au regard de ses confrères tenait à ses relations sociales, ses commandes étant bien souvent le fait de l’élite parisienne. Cette filiation se confirma nettement le 22 décembre 1932, lors de la pendaison de crémaillère de son appartement du 14 boulevard Suchet dans le
XVIème arrondissement de Paris, à laquelle ne fut conviée que « la crème de la crème », comme le rapportait un échotier dans un journal de mode. S’y côtoyaient aussi bien la princesse de Löwenstein Wertheim que son frère le comte Treuberg mais aussi la princesse L. de Faucigny-Lucinge, le baron A. de Fouquières, ancien ministre des Affaires étrangères au Portugal, le docteur Lerqueira, le couturier Paul Poiret, la baronne Le Lasseur, sans oublier Mme Puissant Van Cleef et M. et Mme Maas. Cet évènement d’une réelle résonance internationale fut relaté dans Le « Daily Mail » du 23 décembre sous le titre Surprise in Home Decoration, traduisant ainsi avec éclat l’ambiance intérieure du domicile de l’artiste. Le « New York Herald » glissa également quelques mots à ce sujet dans ses chroniques parisiennes, ainsi que « Le Figaro » et « La Semaine à Paris». Par la suite on compta comme étant de ses amis, le marquis et la marquise de Casa Valdès, le comte et la comtesse de Elda, le duc et la duchesse d’Algésiras, le duc et la duchesse de Sueta ainsi que le comte et la comtesse de Villada, dont il fit la connaissance lors d’un dîner donné en son honneur par le marquis et la marquise de San Munos, qu’il présenta par lettre à son épouse, le 28 octobre 1939.

Le premier domicile du petit « crocodile d’amour » comme le surnommait son épouse, et qui créa un tel événement lors de sa pendaison de crémaillère, était marqué par un style néo-grec. Ses amis s’extasiaient devant les nombreux Antiques posés sur des socles de marbre mais aussi devant sa collection de vases étrusques placés sur des étagères creusées à même la maçonnerie. Les volumes de cet appartement étaient nets, sans corniches ni lambris, les proportions très pures et les matières sélectionnées dans des produits naturels : pierre, cuir et laine écrue. Les murs et plafonds étaient d’une même couleur nuagée rose ocre pour le salon et dégradé de bleu ciel pour la salle à manger. Une paire de paravents encadrait l’architecture intérieure de celle-ci et une fontaine de pierre lumineuse l’ornementait ; la table était en miroir avec des pieds sertis de bronze doré et sur son plateau, un décor d’aquarium gravé d’après un dessin de son ami Max Ingrand. Celle-ci pouvait être isolée du reste de l’appartement par une grande porte coulissante recouverte de laque noire marbrée, matière qu’utilisera beaucoup l’artiste dans ses installations futures.

Une autre des spécificités de Marc du Plantier, relevait du mode d’éclairage des rideaux. Ceux de sa salle à manger qui étaient en velours ivoire avaient une rampe de lumière cachée dans l’épaisseur du mur qui les illuminait la nuit pour donner plus de présence et de profondeur à la pièce. Le hall-salon dont les rideaux blancs étaient éclairés de la même façon, se composait d’un lit de repos, de fauteuils et chaises exécutées en chêne frotté de blanc d’argent et recouverts de laine naturelle blanche cloutée d’or. Un buste de Minerve trônait sur la cheminée de pierre et semblait surveiller les autres objets répartis dans la pièce. On y trouvait également de très hautes glaces d’une argenture irrégulière, gravées par Max Ingrand d’après un dessin de Marc du Plantier qui représentaient des draperies étoilées frangées d’or. On passait ensuite dans la chambre à coucher, dont les murs peints en rose cyclamen étaient recouverts de voiles transparents d’organdi blanc. Une coiffeuse en miroir ainsi qu’une table de chevet réalisée dans la même matière s’accompagnaient de sièges capitonnés en satin rose. Sur la console au fond de la chambre faite de glace gravées du Second Empire, présidaient deux candélabres de cristal. Deux lits simples, séparés, étaient recouverts de velours cyclamen, sur lesquels le décorateur avait jeté des fourrures blanches et des coussins de satin rose, le tout adossé à une tenture d’organdi drapée librement. Ce décor apparenté à ceux de l’Antiquité, n’avait qu’une seule pièce ne relevant pas de cette ambiance néo-grecque : la chambre à coucher. Dans celle-ci dominait l’influence du style Second Empire. L’un de ses premiers décors intérieurs, avant même celui de son propre appartement, avait été réalisé pour M. Jacques Faure. On y retrouvait déjà dans le petit salon le système de portes coulissantes à quatre vantaux, qui séparait le petit salon du grand salon, formant un portique en miroirs se détachant sur un fond peint représentant un ciel nuageux. Il y utilisait déjà des matériaux naturels, comme le cuir de vachette à piqûres selliers pour gainer la table et les siéges du grand salon. Des rampes d’éclairages étaient dissimulées dans l’épaisseur du mur éclairant les panneaux qui encadraient les fenêtres. Elles étaient placées verticalement, contrairement à celles de la salle à manger posées horizontalement. Des peaux de castors étaient jetées négligemment sur le cuir beige qui recouvrait le grand divan du salon ainsi que des coussins de fourrures bruns.


Un article de la revue « Art et Industrie» de janvier 1932, Les portes dans la décoration moderne nous éclaire plus avant sur l’idée que se faisait Marc du Plantier de l’utilisation de portes coulissantes en décoration pour séparer les pièces les unes des autres. Ce dernier justifiait la spécificité de chaque porte pour préparer psychologiquement la personne à entrer dans la pièce suivante. Il utilisera alors beaucoup de miroirs dans ces aménagements afin de créer des intérieurs lumineux, gais et somptueux, qu’il qualifiera alors d’intérieurs « modernes ». De fait, cette somptuosité n’était évidente qu’en quelques points, sans user pour autant de matériaux riches et coûteux. Il allait même jusqu’à placer une rampe d’éclairage dans certains chambranles de portes pour y projeter un halo de lumière. Il terminait son article en évoquant l’utilité des portes coulissantes, permettant de créer plusieurs ambiances, plus ou moins chaleureuses et intimes, suivant qu’on les fermaient ou qu’on les enfoncaient totalement dans les cloisons doubles du mur.
On retrouvera ce même système de portes coulissantes et d’éclairage chez M. Jean Bignon à Paris dont l’installation paraîtra dans le magazine « Art et Décoration » de 1936, où une idée de majesté simple et sereine est dominante, chaque pièce d’habitation disposant d’éléments décoratifs, de revêtements et de lumières leurs étant spécifiques. La peinture rappelait celle du boulevard Suchet, Marc du Plantier ayant choisi une couleur nuagée terre cuite pour le grand salon où s’alignaient des colonnes laquées «écume de mer », ainsi que des rideaux de velours ivoire, bien entendu illuminés par une rampe cachée dans l’épaisseur du mur. La bibliothèque quant à elle s’aménageait autour de portiques bas où luisaient au moyen de leurs tranches de cuivre et de leurs gaines de suédines, les rayonnages de livres, avec dans chaque portique un éclairage passant au travers des plafonds en verre dépoli. Cette architecture évoquait fortement une niche où les livres auraient été conservés tels de précieux trésors. S’ouvrait ensuite un corridor long de vingt-deux mètres, articulé autour de deux colonnes laquées de teinte ivoire qui en gardaient l’entrée, éclairée par des appliques de bronze vert. Les murs y étaient couleur ciel bleu gris orageux et sur les rideaux bleus se détachaient deux autres colonnes fermant le vestibule. Le revêtement de la salle à manger était entièrement recouvert de carreaux de verres soufflés de Venise de plusieurs nuances de vert. De chaque coté de la table se trouvait une console, en dalles de marbres, fixée au mur et posée sur un piétement de fer doré. Les sièges étaient en chêne cérusé recouverts d’un tissu de laine et de soie, cousus à la main. Si l’élément essentiel de cet intérieur résidait bien entendu dans l’architecture du salon, il s’y formait néanmoins un contraste saisissant entre les meubles et tapis de couleur beige et les murs en nuagé de couleur terre cuite. L’axe formé par le portique soutenu par les deux colonnes, coupait l’allée tracée par les deux cheminées identiques placées de chaque côté de la pièce en deux quartiers ; vers l’un d’eux s’avançait une avenue meublée symétriquement de canapés et fauteuils sur fond de paravents laqués d’ivoire veiné, tandis que l’autre quartier s’harmonisait autour de fauteuils, tables basses et chaise longue, tout de cuir beige revêtu. La seule différence entre ces deux cheminées en travertin romain non poli était la présence d’un buste Antique sur l’une d’elle. Les pieds des fauteuils et canapés gainés de vachette naturelle s’arc-boutaient en forme de pattes de lions, rappelant quelque peu un style “égyptisan”. On y retrouvait à nouveaux des peaux de bêtes, utilisés en tapis ou simplement jetés au travers du salon. Seul élément insolite : une table de bridge au milieu des consoles en marbre Arabescato, blanc rayé gris. Elle semblait perdue, parmi les statues, les portraits d’époque saïte et les torses grecs parsemés dans toute la pièce. Malgré ces réussites décoratives et architecturales, le jeune du Plantier avait des soucis d’argent. Abandonnant son appartement du boulevard Suchet pour sortir de Paris, il s’installa à Boulogne sur Seine, au 3 rue du Belvédère, dans une sorte de studio-atelier, l’ensemble entrée-salon-escalier, haut de 6,50 mètres en formait le pivot. Bien évidemment il ne manqua pas de le décorer entièrement, dans le goût de son précédent domicile, mais à y regarder de plus près, on pouvait déjà remarquer qu’en quelques années son style avait sensiblement évolué. Dans cet endroit préservé , régnait désormais dans chaque pièce comme un code secret, pour décrypter l’ambiance de chaque pièce : “Le code du Plantier”. Outre les chambres de M. et Mme du Plantier extrêmement raffinées, la pièce “choc” était la salle à manger majestueuse, avec son dallage de marbre Arabescato et Piastraccia. Un des éléments le plus remarquable de cette pièce consistait dans le décor des murs peints par l’artiste qui entouraient l’immense table de marbre.
La composition tel un banquet Antique, figurait l’artiste et ses amis, conversant, nus ou drapés, assis ou allongés, dont le décor “limbé” soulignait bien l’influence gréco-romaine qui guidait du Plantier.
On retrouvait, bien entendu, les chaises en chêne cérusé d’inspiration “retour d’Egypte” recouvertes à nouveaux en laine naturelle blanche, comme chez M. Bignon, meublant le hall-salon. Parmi une table en bronze doré recouverte d’un plateau de marbre noir, trônait un majestueux lampadaire en marbre blanc avec un abat-jour en cuivre patiné vert. L’ensemble était disposé sur un dallage en marbre Paonazzo et entouré de murs d’un ton brique rose, mat.
Spécifiquement pour son nouveau domicile, il y avait créé un coin repos, dans un fond de niche tapissé en velours rouge sombre et composé d’un divan et de fauteuils gainés de peaux de cheval, gris, avec une table en bronze doré surmontée d’une dalle de verre se terminant par un immense lampadaire en bronze doré. Autre nouveauté, la laque noire tachetée de blanc avec laquelle il avait entièrement recouvert les parois et plafonds de son cabinet de travail et de sa chambre. La chambre de Mme du Plantier quant à elle était restée imprégnée de ce style Napoléon III qu’il avait précédemment élaboré boulevard Suchet, avec sa longue table coiffeuse en miroir posée devant une cloison en verre de Venise, avec ses deux candélabres de Baccarat disposés dessus, un miroir de glace de Venise et une chaise capitonnée en satin rose. Son lit à l’Antique était lui aussi recouvert de satin rose, mais petite intrusion insolite dans ce décor, une table de chevet en bronze dont le piétement rappelait une gerbe d’épis de blé, soulignant le goût de sa femme pour ses références stylistiques naturalistes. C’est dans cet hôtel particulier, et plus particulièrement dans le salon, que l’on trouvait pour la première fois un objet décoratif inattendu qui viendra rythmer à l’avenir la plupart des intérieurs de l’artiste : une oeuvre du sculpteur russe, Ossip Zadkine. Celle-ci en bronze doré représentait une grande porteuse de vase, intitulée “Rébecca”, mesurant trois mètres de haut et ne pesant pas moins de cinq cent kilogrammes. Son habituel souci des lignes architecturales quelque peu solennel se retrouva sur l’île Saint Louis, dans l’appartement du comte et de la comtesse F. de Brinon dont les tissus fleuris de Paule Marrot adoucissaient l’ambiance et s’accordaient parfaitement avec le décor. On y retrouvait d’ailleurs une autre sculpture de Zadkine représentant le buste d’une femme, trônant dans la salle à manger, autour d’une table en marbre posée sur un piétement de bronze vert, au milieu d’une
pièce inhabituellement ovale. La bibliothèque entièrement revêtue de chêne naturel, égayée par des coussins de chintz, s’ouvrait sur le salon où s’organisaient autour d’une table basse en bronze vert et dalle de verre, des canapés et fauteuils recouverts d’un tissu à motif de grosses fleurs. Complétant sa palette, Marc du Plantier travaillait des matériaux de plus en plus précieux pour les mélanger à ceux plus naturels qu’il utilisait précédemment. Ainsi se servira-t-il de parchemin pour recouvrir une table de travail dans la chambre de la comtesse, se trouvant en face du lit canapé, encastré dans une alcôve dont les cloisons étaient doublées de verre de Venise bleu. Son travail ne séduisit pas uniquement l’élite parisienne, puisqu’il travailla également pour d’importants personnages hors de France, tel Robert Germain, un riche propriétaire terrien, issu d’une grande famille, qui le chargea du décor de son appartement à Alger. Construit par l’architecte Preuilh et situé sur la colline Mustapha Supérieur, l’immeuble avait fière allure et une vue imprenable sur la baie d’Alger. Ici le décorateur posa sa griffe personnelle dans l’aménagement des terrasses, le dessin des bassins et les effets de sol en marbre noir, blanc et rose géranium. L’oeuvre la plus spectaculaire et la plus imposante de cet appartement en restait néanmoins la plus simple : un majestueux escalier de marbre noir, dont la rampe était en marbre blanc. Rappelant le sol des terrasses se déroulant autour de la maison telle une piste de marbre blanc, ornée de fontaines et de bassins, où se retrouvait un détail initial de l’artiste, une statue de Pompéi en plomb dans sa niche parée de mosaïque d’or. Le sol de la salle à manger était constitué d’un dallage de marbre rose, avec une bande de marbre noir, sorte de tapis servant de faire valoir à une table en miroir entourée de sièges « égyptiens » en chêne cérusé recouverts de tissus en laine blanc. En raison du climat, les rideaux n’étaient plus en velours, mais en jersey de soie blanc, plus léger et permettant de créer des ondulations de tissus, qui reposaient au milieu de murs enduits couleurs bleu orage. Le marbre du salon au sol était interrompu par une rosace de marbre rose, représentant une boussole, tout près des fenêtres donnant sur le jardin. En montant l’escalier du salon, on arrivait dans une bibliothèque et une salle de jeux. Cette dernière avait un dallage de marbre rose, des rideaux de jersey en soie blanc, des sièges « égyptiens » et petite nouveauté, un satin marron recouvrant les fauteuils de la pièce. La bibliothèque était quant à elle en dallage de marbre noir avec des murs « jurassit », un granit broyé puis aggloméré avec des granits de quartz donnant un ton brique rouge ; le rayonnage des livres était sous vitrine, gainé de cuir naturel avec une tranche de cuivre rose. On remarquait toujours dans les chambres de femme, une touche décorative style Second Empire, soulignée ici par une console et une coiffeuse en miroir gravé et des sièges recouverts de satin bleu pâle.
Les évènements français de 1939 conduisirent Marc du Plantier à partir vers un autre pays européen moins impliqué dans le conflit, l’Espagne, et plus particulièrement sa capitale Madrid. Depuis la maison de la marquise de Casa Valdès, il écrivait à sa femme pour la rassurer, lui raconter comment se déroulait sa vie, lui promettant de la faire venir le plus rapidement possible. Il lui demandait également de continuer à s’occuper pour lui de la fabrication de ses meubles et objets de décoration à distance, comme des appliques exécutées par l’ébéniste Muider ou des abat-jour en perle de verre avec monture qui devaient être envoyés à Marc Touche, à Bordeaux. Parallèlement elle sera conduite à régler quelques fournisseurs, avec l’argent qu’il lui enverra et celui qu’elle touchera pour les objets réalisés suivant les dessins et modèles de son mari, par les artisans qu’il avait pris soin de sélectionner avant son départ. C’est ainsi que Marc du Plantier continua de s’imposer dans le monde parisien, tout en demeurant en Espagne.
Tout comme à Paris, à Madrid, Marc du Plantier n’oeuvra que pour les « Grands », les comtes, comtesses, marquis et duchesses, réalisant de magnifiques intérieurs, qui renoueront avec la tradition des ébénistes du siècle de Louis le Bien Aimé. De par sa correspondance, nous savons que son premier chantier fut celui du comte et de la comtesse Casa Valdès, qui le logeaient à Madrid et qui lui demandèrent même d’établir des plans de rénovation pour leur hôtel, « Le Capitole », qui avait été endommagé pendant la guerre civile, le ruinant partiellement. La marquise d’Aranda lui demanda également de se charger des plans de son terrain, en plein centre de Madrid, disposant de 24 mètres de façade et de 70 mètres de profondeur, afin qu’il lui construise un immeuble de deux étages avec des jardins suspendus. La demeure secondaire de la duchesse d’Algésiras, sera elle aussi entièrement refaite par Marc du Plantier, de même que l’appartement du comte Elda, qu’il spécifiera à son « cui cui d’amour » comme étant “nettement plus grand” que celui de J.Bignon, à Paris.

Tous ces clients lui furent facile à séduire, son style novateur leur plaisait beaucoup. Sa plus grosse difficulté était de trouver de bons matériaux, de bons tissus, du bois correct, un peu de marbre et de la laine naturelle, ce qui était devenu rare avec la guerre civile et par ailleurs extrêmement cher. Bien entendu, il ne cessait de travailler, espérant réunir assez d’argent pour l’envoyer à sa femme ou le mettre de côté afin d’acheter une maison à Madrid où elle l’aurait rejoint ; mais comme toujours l’argent avait du mal à lui revenir, et il s’en excusait dans chacune de ses lettres espérant que sa femme arriverait quant à elle à se faire payer directement les commandes réalisées. Se sentant très seul, dans cette ville où très peu de gens parlait français et où il n’avait aucun ami personnel ; l’envie de peindre le démangeait tellement qu’à ses heures perdues, il réalisa un portrait de Béatrice, l’aînée des trois filles de Casa Valdès, qui à l’époque n’avait que 13 ans. Marc du Plantier utilisait principalement le fer forgé doré pour ses objets décoratifs, il en fit exécuter des consoles avec une base et un plateau de marbre noir pour S.A.R. l’infant Don José-Eugenio, prince de Bavière et Bourbon, résidant à l’époque à Madrid.
On retrouvait chez le comte Elda un salon ovale avec des murs unis et mats dans un ton de pierre calcaire, quasi-blanche ; des canapés recouverts de satin vert clair et des rideaux de satin jaune d’or. Le fer forgé doré se retrouvait dans la table au plateau de glace oxydé, Marc du Plantier avait aussi réalisé pour le comte, une table-bureau en bois satiné noir avec un plateau gainé de cuir fauve à fers dorés dont les méplats de bordures, les sabots et les pieds étaient en bronze patine. Pour la salle à manger, l’artiste avait fait des murs et des plafonds couleur rose brique mat avec un sol en marbre gris beige et au centre du dallage et en bordure de celui-ci du marbre noir belge. La grande table en bronze dorée était surmontée d’un plateau en bois noir verni incrusté de cuivre oubliant son modèle de chaises « égyptiennes » pour des sièges plus traditionnels, en chêne naturels couverts de cuir blond. Ayant terminé ses différents chantiers à Madrid, Marc du Plantier partit pour Palma où il s’occupa de redécorer le Palais de Don Juan March, dont il choisit de réaliser les principaux meubles en bois verni noir. Le buffet de la salle à manger était une pièce magnifique avec des moulurations et des filets de bronze doré incrustés dans les portes et les côtés du meuble alors que le plateau était incrusté de filets losangés en bronze. On sentait bien qu’intérieur après intérieur, l’artiste évoluait laissant de côté ses références grecques et antiques, pour se diriger plus vers un art expurgé, simple et sans ornement superflu, mais d’un raffinement très prononcé quant aux détails.
De retour en France, il travailla pour le gouvernement français, réalisant des meubles et tapisseries pour le Palais de l’Elysée et le ministère des P.T.T. Il fut d’ailleurs repéré par Mme Valérie Schmidt, qui lui proposa de faire une exposition personnelle de ses oeuvres dans sa galerie, du 41 rue Mazarine, dans le sixième
arrondissement parisien. Quinze ans après sa première exposition personnelle au Musée d’art Moderne de Madrid, consacrée principalement à ses toiles, qui se rapprochaient déjà un peu plus de l’art abstrait, Marc du Plantier, alors âgé de cinquante neuf ans, réalisa sa deuxième exposition personnelle. Celle-ci sera consacrée à ses travaux récents, tableaux, meubles, lampes, et panneaux décoratifs. Au début de l’année 1962, il partit pour le Mexique, où il exposa également ses oeuvres, chez Sanya, une galerie de Mexico, dont le vernissage était prévu le 14 juin, comme il l’expliqua à sa femme, dans une lettre du 17 avril 1962, celle-ci ayant une durée définie de trois semaines. Au travers de ces lettres, il continuait à faire réaliser ses oeuvres par sa femme, lui demandant de passer chez Deyrolle, au 46 rue du Bac, pour lui acheter des pierres, qui devaient être fixées sur des candélabres par Jean Dutourné, résidant à Malakoff, et qui d’après Marc du Plantier, « a l’habitude de les fixer après dorure ». Il avait toujours de gros problème d’argent, malgré les ventes faites par sa femme, et celles que lui-même réalisait au Mexique, il devait payer les différents matériaux qui lui permettaient de réaliser les oeuvres de son exposition et en plus, d’en préparer d’autres pour une future exposition personnelle à New York. Son exposition à Mexico ne marchant pas très bien, elle fut prolongée de trois semaines, permettant à Marc du Plantier de vendre le plus d’oeuvres possibles. Une fois son exposition à Mexico terminé, il y monta sa maison de décoration, au numéro 155 de la « calle Hamburgo », dont il envoya le plan à son cui-cui d’amour, et qu’il nomma Artdecor. Dans ce même courrier du 15 octobre 1963, il lui fit également parvenir le croquis de sa chaise longue en laque ivoire et son pendant, un fauteuil de même aspect. Peu de temps après, Marc du Plantier, organisa une autre exposition personnelle à New York, dans la galerie Thibaut, où il présenta une douzaine de sculptures et de peintures. Mais il avait encore beaucoup de dettes, et fut obligé de se séparer d’objets qu’il affectionnait particulièrement, tel « l’Oiseau » en plâtre doré offert par Zadkine, et qu’il vendit pour la somme de 10 000 nouveaux francs, sans mettre l’artiste au courant. Quittant New York pour Los Angeles, en 1964, il exposa son travail lors d’un salon, The International Design Center of Los Angeles, où son stand Artdecor fut l’un des plus prisé par les journalistes américains, provoquant la jalousie d’autres artistes et galeries. Le 10 août 1964, il envoya à son cui-cui d’amour le plan et les photographies polaroïds de son stand, afin qu’elle se rende compte du travail qu’il avait réalisé et qu’elle lui fasse par ailleurs quelques remarques quant aux placements des objets sur le stand. Les objets présentés étaient imprégnés d’un style qui était bien loin de celui de ses débuts, en effet, beaucoup de pierres se retrouvaient sur les lampes, sur les grilles et même sur les piétements de tables basses. Les panneaux qui ornaient le stand étaient en laque gravée d’après ses propres cartons, les peintures qu’il avait réalisées étaient nettement plus abstraites, on n’y retrouvait plus de personnages mais seulement des motifs abstraits, aux formes raides et colorées, dont s’inspira également l’artiste pour ses tapis et tapisseries Sur le même principe que la maison de décoration qu’il fonda à Mexico, il en monta une autre à Los Angeles, sur la « Cienega Boulevard », dans une boutique de cent vingt mètres carrés, dans une rue où le passage d’amateurs d’art était fréquent, et qui coupait Beverly Boulevard à deux cent mètres du centre. Sa boutique avait le même plan architectural que celui du stand, malgré un espace plus restreint, Marc du Plantier, fit en sorte que la vitrine de la « Cienega Boulevard », corresponde à celle du stand ; la boutique portant d’ailleurs le même nom que la maison de décoration de Mexico et que le stand de l’International Design Center of Los Angeles : Artdecor. Malgré toutes ces expositions et ces maisons de décorations, Marc du Plantier trouvait encore le temps de s’occuper personnellement d’intérieurs particuliers, comme celui qu’il meublera sur l’esplanade des Invalides, qui paraîtra en mai 1965, dans « Plaisir de France », pour lequel il avait repensé complètement l’architecture. S’y retrouvaient des tapisseries d’Aubusson, la porte coulissante séparant la salle à manger du salon, avec toujours le même mode d’éclairage et des meubles « modernes » en parchemin à filets d’or, ou encore gainés de cuir marine et rouge carmin. Ce n’est qu’en 1966, qu’il se réinstalla définitivement en France, toujours à Boulogne sur Seine au 3 rue du Belvédère. Continuant depuis l’atelier de ses débuts, à travailler, à recevoir ses amis en organisant de fastueux dîners, et retrouvant enfin son petit « cui-cui d’amour ». Il se consacra alors principalement à la peinture, et mourut quelques temps après à l’âge de soixante treize ans.

Amélie Marcilhac - Octobre 2005.

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