LES ACTEURS - Quels sont les secteurs les moins touchés par la crise ? Où en est le marché aujourd'hui ? Qu'en pensent les artistes, les galeristes, les commissaires-priseurs, les experts? Réponses et recommandations de seize d'entre eux.

Photographies CECIL MATHIEU, 2009
GALERISTE WILLY HUYBRECHTS
Les secrets de l'Art déco
Heureusement, dans le petit monde pas toujours très tendre des galeristes Art déco, Willy Huybrechts s'est fait une place bien à lui. Venu des puces de Saint-Ouen, le jeune galeriste autodidacte a gardé de ses débuts un esprit intuitif et conquérant. À qui considère que, dûment catalogués, les arts décoratifs de la première moitié du siècle n'ont plus de secrets à livrer, il rétorque qu'au contraire il reste «beaucoup à découvrir». Année après année, il s'emploie donc à mettre en lumière des créateurs à ses yeux injustement délaissés. Les expositions se succèdent dans sa galerie sise désormais dans la très bourgeoise rue Bonaparte : Jean-Michel Frank, dont il vend l'intégralité des pièces exposées, Eugène Printz, dont il collectionnait les meubles en palmier bien avant que leur cote s'envole, Marc du Plantier et, tout récemment, Dominique, qui lui a permis, malgré la crise, de terminer en beauté l'année 2008 lors de la Biennale des antiquaires.
«Une signature éprouvée vaut mieux que du meublant impossible à revendre.»
Les acheteurs américains de très haut de gamme faisant défaut, il s'est adressé à une clientèle essentiellement européenne en présentant ce bel artiste qui, s'il ne peut prétendre à la cote des grands maîtres de l'Art déco, se négocie néanmoins aujourd'hui à partir de 50 000 euros. Et si ces prix ont décuplé en quinze ans, ils restent sages au regard des Ruhlmann et autres Eileen Gray. Résultat : une quinzaine de pièces achetées sur une vingtaine d'œuvres présentées. Une très belle table en galuchat à filet d'ivoire et piètement de loupe s'est vendue 250 000 euros. Une enfilade, toujours de galuchat à filet d'ivoire, s'est négociée à 300 000 euros. De très beaux lampadaires en parchemin ont été achetés autour de zoo 000 euros. Autant de pièces datées essentiellement des années 1927 à 1937, la meilleure décennie de l'artiste selon le jeune galeriste. La promotion de Dominique s'est accompagnée d'un livre signé de Félix Marcilhac aux éditions de l'Atelier.
En 2009, foin de la crise, Willy Huybrechts continue à faire ce qu'il considère tout simplement comme «son métier de galeriste», autrement dit : «défendre les créateurs». Fidèle à sa politique de redécouverte, il expose en avril les œuvres d'un autre méconnu: Maurice Daurat, un dinandier spécialisé dans le travail de l'étain déjà présent dans quelques grandes collections, «plus difficile à trouver que Dunand, mais à mon avis de qualité équivalente». Les pièces portant sa signature se trouvent à 5 000 euros et peuvent atteindre 100 000 euros pour les vases les plus importants. Catherine Baumgartner signe le livre de 400 pages qui accompagne l'exposition. L'année s'annonce malgré tout «difficile». «Il n'y a pas de raison que l'Art déco soit épargné par la baisse des prix.» Cependant, l'adage selon lequel le haut de gamme se vend toujours devrait se vérifier. «D'autant que la solidité de la cote de l'Art déco est éprouvée depuis une bonne vingtaine d'années et que les pièces sont suffisamment rares pour qu'elles n'aient aucune chance de baisser.»
Un conseil du galeriste pour ces temps de crise : «Mieux vaut investir dans une signature éprouvée — on trouve du Printz à 200 000 euros — que dans du meublant impossible à revendre.» MATTHIEU DE LAUBIER
Galerie Willy Huybrechts 11, rue Bonaparte • 75006 Paris 01 43 54 29 29 • www.willy-huybrechts.com